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Exclu – Cédric Kanté : « J’aurais aimé participer à plus de CAN »

cédric kanté vilakazi

Entre 2001 et 2012, Cédric Kanté a été sélectionné à 43 reprises avec les Aigles. Vilakazi Sport est parti à la rencontre du défenseur franco-malien pour évoquer notamment la dernière CAN, Alain Giresse et son parcours en club.

Le Mali n’est pas parvenu à s’extirper des phases de poule de la CAN 2015, perdant au tirage au sort pour l’accession en quarts de finale face à la Guinée. Qu’avez-vous pensé du parcours des Aigles ?

C’est un parcours tout à fait honorable, dans un groupe compliqué (avec la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Cameroun, Ndlr). D’autant plus qu’il existait pas mal de doutes entourant les Aigles après le tirage au sort. Si on avait gagné le tirage au sort, je pense qu’on aurait pu créer une bonne surprise. Le groupe était vraiment de qualité. Après le dernier match de poule (1-1 entre la Guinée et le Mali) , j’ai eu plusieurs joueurs au téléphone. Ils n’arrivaient pas trop à trouver le sommeil. Quand j’ai appris l’élimination suite au tirage au sort, j’étais vraiment dégoûté pour eux…

Le forfait de Cheik Diabaté a-t-il constitué un véritable handicap ?

C’est un forfait orchestré par le club des Girondins de Bordeaux. Ses problèmes au niveau du genou n’étaient pas récents. Il y a des intérêts énormes en jeu. En me mettant à la place des dirigeants girondins, je me dis que j’aurais pris la même décision. Et si je travaillais pour la fédération malienne, j’aurais probablement eu le raisonnement inverse. La sélection malienne et le club de Bordeaux ne pèsent pas le même poids sur la balance. Perdre son attaquant numéro un seulement une semaine avant le début de la compétition, ça ne met pas le groupe dans les meilleurs dispositions. Mais c’est de bonne guerre. De toute façon, cette programmation de la CAN au mois de janvier est aberrante. Ça crée des conflits qui pourraient facilement être évités. Avec « l’européanisation » des joueurs africains, elle devrait se tenir en juin.

N’auriez-vous pas eu votre place dans cette sélection ?

A l’époque, je jouais régulièrement dans mon club. Je pense effectivement que j’aurais pu apporter mon expérience. Surtout que les Aigles ont eu quelques soucis défensifs. Toutefois, j’ai éprouvé moins de regrets que lorsque j’ai manqué les éditions 2010 et 2013.

Cédric Kanté Vilakazi

Cédric Kanté avec les Aigles

Vous ne cachez pas que vous avez parfois privilégié votre club à votre sélection nationale…

Carrément ! Et je l’ai toujours assumé. A l’époque de la CAN 2010, je jouais le titre en Grèce avec le Panathinaïkos. J’ai donc décidé de faire l’impasse dessus. J’aurais souhaité faire cette compétition en juin après avoir été sacré champion. En réalité, jamais un club ne m’a dit clairement qu’il fallait que je renonce à participer à une CAN. Mais parfois, on me l’a fait comprendre indirectement. Par exemple, à l’été 2012, j’ai signé un super contrat avec le FC Sochaux. Je ne me voyais pas partir au bout de six mois à la CAN. Les contrats avec les clubs nous permettent de vivre et continuer à faire ce métier. Après, peut-être que si j’étais né au pays, je tiendrais un autre discours… Pareil si j’avais eu le niveau de Seydou Keita. Mais lorsque tu te retrouves dans une situation intermédiaire, tu es contraint de faire des choix. J’en ai fait et je les assume, même si je suis déçu de ne pas avoir disputé plus de CAN au cours de ma carrière.

Après la CAN 2015, Alain Giresse a succédé à Henri Kasperzack au poste de sélectionneur du Mali. Possède-t-il le profil idéal selon vous pour occuper ce poste ?

C’est quelqu’un qui peut avoir des résultats. Il l’a prouvé en 2012 (Le Mali avait terminé troisième de la CAN lors de cette édition, Ndlr). Il n’aurait sans doute jamais dû partir  quelques mois après cette compétition. J’ai entretenu de très bonnes relations avec lui. Humainement, c’est une personne que j’apprécie beaucoup. Une personne probablement trop gentille pour faire ce métier en France. Alain Giresse, c’est tout le contraire du méchant. La méchanceté gratuite, ce n’est pas du tout dans ses habitudes.

Êtes-vous optimiste pour le futur des Aigles ?

Je suis curieux de voir quels joueurs ils vont pouvoir attirer dans leurs filets parmi les binationaux. Certains d’entre-eux vont peut-être bénéficier d’une médiatisation fulgurante. Quand on joue en Ligue 1, par exemple, la sélection malienne peut sembler un peu obscure. Une convocation en équipe de France paraîtra immédiatement plus fluide. D’autant plus que plusieurs Franco-maliens n’ont guère eu l’habitude de retourner au pays. Je fais confiance à Giresse pour savoir les convaincre. Je me demande également quels éléments seront choisis pour être les leaders de la sélection.  Il faut vraiment avoir une réelle volonté de rejoindre la sélection.

« Alain Giresse, c’est tout le contraire du méchant »

 

Quels sont les Maliens possédant le profil pour devenir des « Top Players » ?

Sincèrement, je ne les connais pas assez. Je sais que mon homonyme N’Golo Kanté, qui évolue à Caen, possède un fort potentiel. Pour devenir un « Top Player », il faut briller sur plusieurs saisons, pas seulement flamber l’espace d’un an ou deux.

Au mois de novembre dernier, vous aviez été l’un des rares joueurs africains à vous exprimer au sujet des propos polémiques tenus par Willy Sagnol lors d’un entretien donné au Monde. Six mois plus tard, quel regard portez-vous sur cette polémique ?

Je trouve qu’elle a été éteinte très rapidement. L’ampleur qu’elle a prise était à la hauteur des propos tenus. Mais je dois dire que je suis content que cette polémique n’ait pas duré plus longtemps. Ça ne servait à rien d’en parler davantage. A partir du moment où certains joueurs ont excusé Sagnol, elle s’est éteinte automatiquement. Le Monde m’a contacté pour avoir mon avis. Je l’ai donné tout en sachant que ma parole n’allait pas faire changer les mentalités. Néanmoins, il y avait un vrai problème à soulever, notamment parmi les joueurs. Maintenant, on attend la prochaine polémique (rires). Mais quand je vois Sagnol avec Bordeaux, j’ai plutôt envie de parler de football. En l’occurrence, il s’agissait plus d’un problème  de société lié à ce sport. Honnêtement, je n’aurais eu aucun problème pour manger avec Sagnol trois jours après sa sortie médiatique.

Vous avez joué trois saisons dans le championnat grec, au Panathinaïkos, entre 2009 et 2012. Quels souvenirs en gardez-vous ?

C’est tout simplement la meilleure période de ma carrière !  Pour moi et ma famille, c’est le club qui a été le plus marquant. Même si le championnat est d’un niveau relativement faible comparé à la Ligue 1, j’ai pu voyager beaucoup en disputant la Coupe d’Europe. J’ai pu connaître cette fameuse pression, celle où les supporters ont envie d’envahir le terrain. Celle de deux changements de coach alors que le club occupait la deuxième place du classement. Après, j’ai eu quelques problèmes de paiements en Grèce. Malheureusement, cela arrive souvent aux footballeurs allant jouer dans ce pays…

Votre club actuel, l’AC Ajaccio, a dû attendre la dernière journée de Ligue 2 pour assurer son maintien. Quel bilan faites-vous de votre saison ?

J’éprouve un sentiment très mitigé, sachant que j’étais arrivé en Corse avec de grosses ambitions. Je suis passé de la Ligue 1 à la Ligue 2 avec la volonté de faire une grosse saison et que les supporters de l’ACA puissent reprendre du plaisir. Au niveau des résultats, il n’y a pas grand chose de positif à retenir. Heureusement, je n’ai pas eu de blessure. Mais, depuis un mois et demi, j’ai été mis à l’écart sans la moindre explication. C’est assez compliqué à encaisser…

Qu’envisagez-vous pour la saison prochaine ?

Pour le moment, je ne sais pas trop. Je suis en fin de contrat, mais je ne suis pas trop perturbé. Ma volonté initiale était de rester à Ajaccio une saison supplémentaire. Mais étant donné comment ça se passe… Quand des gosses de 19 ans vous sont préférés en fin de saison de cette manière, cela signifie clairement qu’on ne compte plus sur vous. C’est une grosse déception sur le plan humain. J’aimerais trouver un challenge intéressant. Par exemple, dans un autre club de Ligue 2 avec un coach ayant un discours intéressant. Je vais prendre le temps de me poser avec mon agent pour y réfléchir.

Avez-vous perçu du racisme en Corse au quotidien ?

Absolument pas. Avant de m’y rendre, je n’avais d’ailleurs pas le moindre préjugé. Je n’avais eu que des échos positifs de la part d’amis qui y allaient régulièrement. Dans ma carrière, je suis notamment passé par l’Alscae, la Côte d’Azur et la Grèce. La Corse, c’est peut-être l’endroit où j’ai perçu le moins de racisme. C’est une île extraordinaire. Pour quelqu’un comme moi qui aime le vin, la gastronomie et qui a une famille nombreuse, c’est le paradis sur terre !

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